Critique de Laurence Madeline

Josseline Erner, qui consacre pourtant un travail  permanent à l’étude du dessin propose des œuvres sur toiles affranchies du trait, de la forme. Sans jamais renier la réalité, la représentation, le sujet – l’irruption de titres, majoritairement factuels, lac, fenêtre, arbre… en témoigne – elle se libère en permanence de ce qui doit serrer les figures, les entourer, afin de laisser les masses errer sur la surface de la toile. Les contours sont abolis, et, si plus récemment les bords de la toile jouent leur rôle de limite, on assiste à travers ces œuvres au désir opiniâtre de capturer un monde – nature ou ville, toujours mélancolique – qui se dérobe et fuit. Josseline Erner livre son étonnement permanent devant la toile, la couleur, le choix de peindre.  Et c’est cette surprise qu’elle peint, avec, tout à la fois, vigueur et charme, jusqu’à faire de cette surprise notre propre moyen de redécouvrir le monde. On revoit la fenêtre, les immeubles, le lac… parce que justement ils veulent se dérober à nous, à elle, qui les saisit finalement. Le choix de la peinture, du sujet, la revendication de la peinture, comme moyen et fin, composent en soi la force de cette démarche qui constitue, en opposition à l’évanescence des contours et à la surprise, une résistance qui s’instille dans les tableaux.  
 
Laurence Madeline, Conservatrice en Chef des Monuments de France, Responsable du Département Beaux-Arts du Musée d’Art et d’Histoire de Genève