Démarche

Ma peinture est une expression muette. C’est un langage qui a sa syntaxe et sa recherche de cohérence en dehors des mots : non verbal, et non conceptuel. J’utilise essentiellement des médiums classiques : crayon, encre, pastel, huile.

La valeur qui sous-tend mon travail est la recherche du juste, à partir d’un regard du réel quotidien et simple : mon évier, les objets ordinaires, les immeubles, la nature, les gens. Les expériences des différents lieux où j’ai travaillé ont nourri ma peinture : la Ruche, le lac Léman, la banlieue (Ivry sur Seine et Choisy le roi). Et ce réel qui ne fait qu’être là, j’essaie de le transcrire avec une quête intime en évitant l’effet. Si ma peinture ne vient pas de quelque chose de profond, elle ne résiste pas.

Par le dessin, je cherche ce qui est essentiel, éventuellement dans la rapidité et la pureté. Il se traduit par la qualité du trait ou par son absence.

Quand j’aborde la peinture à l’huile, j’ai toujours la même aspiration : une vision large. Pour ce faire, j’utilise de gros pinceaux, évitant une performance technique.

Concernant la composition, je recherche les grandes divisions, les masses colorées, le vide entre les surfaces et comment celui-ci les relie.

Tout au long de cette élaboration, plusieurs aspirations contraires sont présentes :

o    Comment faire coexister une vision globale et la présence de détails (qui prennent la valeur de motifs, de signes) sans détruire l’unité de la toile ?

o    La  recherche de la couleur nécessite l’oubli de son nom, dans sa subjectivité et sa complexité. Mais comment affirmer une couleur engagée, sans la crier ?

Au fur et à mesure de l’élaboration du tableau, je recherche l’équilibre, fragile qui peut être remis en question à chaque ajout. 

De l’union des contraires, de leur synthèse et de leur présence conjointe, naît le tableau.

Josseline Erner